Rapport IPP n°13 - Mars 2016

Evaluation des Programmes de Réussite Educative (PRE)

Child write in a notebook. Close up hand and penRapport IPP n°13 – Mars 2016

Auteurs : Pascal Bressoux, Marc Gurgand, Nina Guyon, Marion Monnet, Julie Pernaudet

Contact : marc.gurgand@psemail.eu, marion.monnet@ipp.eu

Présentation :

Etude réalisée en partenariat avec la DEPP et le CGET – voir la page dédiée au projet

Les Programmes de réussite éducative (PRE), institués par la loi de cohésion sociale de 2005, constituent une politique ambitieuse de lutte contre l’inégalité des chances à destination des enfants et des adolescents les plus en difficulté. Ces programmes ont pour objectif d’apporter aux enfants des quartiers prioritaires de la politique de la ville un parcours individualisé reposant sur une approche globale des difficultés rencontrées, en collaboration étroite avec la famille (suivi social, médical, activités culturelles ou sportives, ateliers d’expression ou encore différentes formes de soutien scolaire). Ils bénéficient à plus de 100 000 enfants.

L’analyse d’impact présentée dans ce rapport repose sur la mise en place de deux enquêtes dans une centaine d’écoles (la première à l’automne 2012, la seconde au printemps 2014) auprès d’enfants de CE1 et CM1, de leurs parents, de leur enseignant et des coordonnateurs PRE. Afin d’être en mesure de documenter au mieux l’ensemble des difficultés rencontrées par les enfants et leur famille, et les effets des PRE sur ces difficultés, les questionnaires balaient un grand nombre de champs, en multipliant les points de vue. Les enfants ont ainsi chacun rempli plusieurs questionnaires visant à mesurer leur qualité de vie ressentie, leur estime de soi, leur motivation scolaire, qui complètent les mesures de compétences cognitives évaluées à travers des tests de mathématiques et de français. Les enseignants ont également eu à évaluer pour chaque enfant différentes compétences scolaires et attitudes face aux apprentissages, et ont été interrogés sur le contexte familial des enfants. Les parents ont également été interrogés sur leurs relations avec l’école et la situation de leur enfant.

Nous mesurons l’impact des PRE en comparant l’évolution de 404 enfants bénéficiaires d’un parcours entre l’automne 2012 et le printemps 2014 à celle de 290 enfants ayant au départ des caractéristiques comparables sur les nombreuses dimensions mesurées, mais ne bénéficiant pas d’un parcours, parce que leur école n’est pas en lien avec un PRE.

Ainsi, le bien-être psychologique et le comportement des enfants ne semblent pas être améliorés par la prise en charge en PRE, et d’autres dimensions capturant les relations aux autres (estime de soi sociale, problèmes avec d’autres enfants) se dégradent même légèrement pour les enfants en parcours relativement aux enfants de caractéristiques semblables. Sur le plan scolaire, les élèves bénéficiaires d’un parcours connaissent également une évolution légèrement moins favorable dans certaines dimensions de la motivation pour l’école, mais leurs compétences objectives en mathématiques et français évoluent de manière similaire aux autres enfants que nous avons suivis, et ils sont plus assidus. Les parents d’élèves bénéficiaires ne connaissent pas d’évolution spécifique, tant dans leur relation à l’école que dans leur perception de l’accès aux services sanitaires et sociaux. Au final, il n’existe pas, dans nos données, d’indice permettant de démontrer que les PRE ont, en moyenne, fait progresser, sur le plan cognitif et non-cognitif, les enfants bénéficiaires davantage que des enfants non-bénéficiaires aux difficultés de départ très comparables. Cependant, nous ne sommes pas capables statistiquement de distinguer des effets potentiellement différents dans des sous-populations d’enfants.

Pour comprendre ce résultat, il faut souligner que les PRE offrent un accompagnement aux familles, mais s’appuient largement sur les ressources du droit commun. Or, les effets sur les enfants que nous estimons sont, in fine, les effets de la somme des actions dans lesquelles les enfants ont été effectivement engagés. Ces actions sont souvent des activités sportives, des séjours en centres de loisir, du soutien scolaire, bref des actions offertes sur le territoire par différents acteurs, mais qui n’ont pas été développées spécifiquement en vue de ce public en grande difficulté, et qui ne sont pas nécessairement très intensives. La recherche a démontré les effets jusqu’à l’âge adulte de programmes étrangers comparables dans leur philosophie, mais plus coûteux, plus précoces, et qui construisent eux-mêmes les actions concrètes dont bénéficient les enfants, et les y exposent de façon très intensive. Pour être plus efficaces face aux défis immenses présentés par les enfants dans des situations sociales très difficiles, les PRE devraient donc peut-être disposer des moyens de déployer beaucoup plus souvent leurs propres interventions, et cibler davantage les enfants d’âge préscolaire.

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