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Présentation
Ce rapport propose une analyse quantitative du dispositif « Contrat d’engagement jeune – Jeunes en rupture » dans le cadre du programme « Contrat d’engagement jeune » (CEJ) mis en place en 2022 et remplaçant la Garantie Jeunes. Ce rapport complète ainsi l’analyse de l’impact du CEJ sur les trajectoires des bénéficiaires, réalisée simultanément.
Contexte
En France, la part des jeunes de 16 à 25 ans, qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET, de l’anglais not in education, employment or training), reste élevée en France. Cela conduit les pouvoirs publics à mettre en place différents dispositifs pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes éloignés du marché
du travail.
Parmi les limites du dispositif mentionnées par le comité scientifique en charge de l’évaluation de la Garantie jeunes (Gautié, 2018), il avait été souligné que les jeunes orientés vers le programme l’avaient été dans près de 95% des cas par la Mission locale. Autrement dit, les jeunes qui n’étaient pas inscrits dans une Mission locale risquaient de ne pas bénéficier de la Garantie jeunes tout en y étant éligibles. Dans le mise en place du Contrat d’engagement jeune, le dispositif « CEJ – Jeunes en rupture » a été créé pour permettre à des publics plus fragiles de bénéficier d’un accompagnement renforcé. Deux vagues successives ont mené à la sélection de 265 porteurs de projet pour mettre en place ce programme, en lien avec une Mission locale.
Le CEJ – Jeunes en rupture
- Le dispositif « CEJ – Jeunes en rupture » s’adresse à des jeunes très éloignés du marché du travail et des services publics de l’emploi. Les jeunes visés sont susceptibles de cumuler également plusieurs difficultés, en lien avec l’accès aux droits, le logement, la santé ou la mobilité.
- Le dispositif « CEJ – Jeunes en rupture » est constitué de plusieurs phases. Tout d’abord, le lauréat repère un jeune puis travaille avec lui sur les freins à son insertion professionnelle, c’est la phase de mobilisation. Cette étape doit permettre au jeune de pouvoir ensuite contractualiser un « CEJ – Jeunes en rupture » au sein de la Mission locale. Il est également possible que le jeune choisisse de ne pas signer de contrat d’engagement jeune.
Objectifs du rapport
L’objectif du rapport est premièrement de vérifier dans quelle mesure les lauréats du programme « CEJ – Jeunes en rupture » (CEJ-JR) ciblent effectivement des jeunes en rupture. Les auteurs réalisent une analyse approfondie du public accompagné dans le cadre de ce programme, à deux étapes clés : la phase de mobilisation réalisée par les lauréats, visant à lever les freins à l’emploi, et la contractualisation du « CEJ – Jeunes en rupture » lors de l’entrée en Mission locale.
Le second objectif consiste à mesurer l’impact du programme en étudiant deux aspects en particulier : d’abord, dans quelle mesure la mise en œuvre du « CEJ – Jeunes en rupture » a effectivement permis aux Missions locales de mieux atteindre et accompagner un public de jeunes en situation de rupture ? Et en second lieu, dans quelle mesure les trajectoires de retour en emploi salarié des bénéficiaires qui ont contractualisé un CEJ-JR ont été améliorées par le programme ?
Résultats clés
Bénéficiaires du « CEJ – Jeunes en rupture » et accompagnement
Au total, le déploiement du « CEJ – Jeunes en rupture » a permis de repérer 24 988 jeunes entre janvier 2023 et juin 2024. Parmi eux, 7 451 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement au sein des Missions locales.
- Un peu moins de 50% des jeunes accompagnés n’ont pas de diplôme.
- Au début de leur accompagnement par le lauréat, 39% mentionnent des difficultés liées au logement et 34% liées à leur santé.
- 47% des jeunes accompagnés ne contractualisent pas de « CEJ – Jeunes en rupture » en Mission locale. Il s’agit principalement de jeunes ayant été dirigés vers une autre structure, ou qui ont choisi d’abandonner l’accompagnement.
- Les jeunes inscrits en « CEJ – Jeunes en rupture » à la Mission locale sont plus éloignés de l’emploi que les jeunes inscrits dans un CEJ « classique » : par exemple, 96% n’ont pas de permis de conduire et 14% ont un problème de logement, contre respectivement 91% et 6% pour les jeunes en CEJ « classique ».
- Contrairement à l’idée d’un public cible qui serait initialement « invisible » des services publics de l’emploi, 40 % des jeunes ayant débuté un CEJ-JR en 2023 étaient inscrits en Mission locale depuis plus d’un an. Plusieurs éléments qualitatifs laissent penser que certains jeunes étaient en contact avec la Mission locale, malgré les directives initiales prévoyant un délai de cinq mois. Cette part significative de jeunes bénéficiaires du « CEJ – Jeunes en rupture » déjà connue des Missions locales est décrite par la Fédération des Acteurs de la Solidarité (2025) comme une catégorie de jeunes « en rupture dans le sens sociologique, c’est-à-dire avec des parcours marqués par des ruptures de trajectoires, des accidents de vie, de grandes difficultés d’insertion, sans pour autant que ces jeunes soient inconnus ou en « veille » du point de vue de la Mission Locale ».
Mesure d’impact du dispositif
- En comparant l’évolution de la population accompagnée par les Missions locales ayant activé le « CEJ – Jeunes en rupture » à celle des structures ne l’ayant pas mis en œuvre, aucun changement significatif n’est observé dans les caractéristiques des jeunes accompagnés dans les Missions locales concernées.
NB : Ce résultat doit être interprété avec prudence. D’une part, parce que la taille de l’échantillon n’offre pas une puissance suffisante pour détecter des effets de faible ampleur (moins de 1% des nouveaux inscrits dans ces structures en 2023 étaient bénéficiaires du CEJ-JR). D’autre part, l’identification précise des jeunes en situation de rupture repose sur une réalité complexe, liée à la diversité des profils et des parcours. Cette situation peut se manifester sous différentes formes, parfois difficilement observables à travers les données disponibles. Les variables dont les auteurs disposent permettent de repérer certaines situations caractéristiques (comme l’absence de logement ou de diplôme), mais ne couvrent pas l’ensemble des facteurs susceptibles de signaler un jeune en rupture.
- Le second volet de l’analyse d’impact du CEJ-JR porte sur les trajectoires d’emploi salarié des jeunes bénéficiaires. On observe une progression de la part de jours travaillés en emploi salarié après le début du programme. Ces derniers présentent systématiquement des taux d’emploi inférieurs à ceux des jeunes en CEJ.
- Une première observation marquante est la chute de la part de jours travaillés juste avant l’entrée dans le programme. Il s’agit d’un phénomène bien documenté dans la littérature et connu sous le nom de l’Ashenfelter dip (Ashenfelter 1978). Cela suggère que le CEJ-JR cible des jeunes particulièrement éloignés de l’emploi, confrontés à un double obstacle : une insertion professionnelle structurellement difficile, aggravée par un choc conjoncturel négatif au niveau individuel, par exemple la perte d’un emploi. Ce type de choc négatif est toutefois également observé pour les bénéficiaires du CEJ.
- L’analyse en staggered design de l’impact du CEJ-JR sur les trajectoires d’emploi salarié montre que le programme permet d’atténuer partiellement le choc initial subi par les jeunes. Au bout du neuvième mois, les jeunes traités travaillent en emploi salarié, en moyenne, 7 points de pourcentage de plus que le groupe contrôle composé de jeunes qui vont entrer plus tard en CEJ-JR. Cet effet moyen du traitement (ATT) est estimé à 0,07 avec une p-value de 0,09, ce qui indique qu’il n’est pas statistiquement significatif au seuil de 5 %, mais devient significatif au seuil de 10 %.
NB : Les auteurs ne disposent pas des données suffisantes pour mesurer l’effet du programme à un horizon supérieur à 10 mois.
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Auteurs
- Mathilde Badufle
- Isacco Bertè
- María Cano
- Claire Leroy
- Audrey Rain
Partenaires
Ce projet a bénéficié du soutien de la Dares. Les auteurs remercient également la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) et l’Union Nationale des Missions Locales (UNML) pour leur aide précieuse.

