Note IPP n°40 - Mai 2019

Le vote expressif et ses conséquences

Note IPP n°40

Mai 2019

Auteurs : Vincent Pons, Clémence Tricaud, Vestal McIntyre

Contact : vpons@hbs.edu

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Résumé :

Les électeurs qui soutiennent un candidat ayant peu de chance de remporter une élection sont confrontés à un choix : exprimer leur préférence réelle et voter pour le candidat qu’ils préfèrent au risque de “gâcher” leur voix, ou voter de manière stratégique pour un autre candidat plus susceptible de l’emporter.

La présente étude porte sur cet arbitrage. Lors des élections législatives et départementales, les candidats qualifiés pour le second tour incluent les deux premiers ainsi que tout autre candidat obtenant un nombre de voix supérieur à 12,5% des inscrits. Les résultats montrent que les candidats arrivés en troisième position préfèrent en général se maintenir plutôt que de se désister lorsqu’ils se qualifient. De plus, une fraction importante des partisans de ces candidats votent pour eux, de façon expressive, plutôt que de se rallier stratégiquement au candidat qu’ils préfèrent parmi les deux premiers. Ce choix nuit principalement au candidat idéologiquement le plus proche du troisième et entraîne souvent sa défaite. Le comportement non stratégique des électeurs et des candidats a de grandes chances d’influencer les résultats de nombreuses autres élections que celles analysées dans cette étude, par exemple les élections européennes, qui confrontent les électeurs à des arbitrages similaires. Les résultats indiquent que les partis dont les idéologies sont proches auraient intérêt à conclure des accords visant à limiter le nombre de candidats ou de listes qu’ils présentent. Ils encouragent aussi l’adoption de modes de scrutin dans lesquels les résultats électoraux sont moins faussés par les choix non stratégiques des électeurs et des candidats.

Points clés:

  • La présence d’un troisième candidat au second tour des élections législatives et départementales françaises augmente de 7,8 points le pourcentage de votants et diminue de 6,9 points la fraction des voix reçues par les deux premiers candidats.
  • Elle nuit principalement à celui des deux premiers candidats dont l’idéologie est la plus proche du troisième, et entraîne sa défaite dans 19,2% des élections.
  • Si le vote expressif porte particulièrement à conséquence dans le cadre des scrutins majoritaires, il influence aussi les résultats de scrutins proportionnels, comme les élections régionales et européennes.
  • L’étude indique que les partis aux idéologies proches ont intérêt à conclure des accords visant à limiter le nombre de candidats en lice pour éviter de diviser les voix, et remet en question l’utilisation de la règle de la majorité relative pour agréger les votes et refléter les préférences des citoyens.