Note IPP n°38 - Mars 2019

La division sexuée du travail parlementaire

Note IPP n°38

Mars 2019

Auteur : Quentin Lippmann

Contact : qlippmann@gmail.com

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Résumé :

Les femmes sont de plus en plus présentes en politique. Elles occupent en 2018 près de 39% des sièges à l’Assemblée Nationale et 32% au Sénat. Font-elles cependant le même travail que les hommes? Cette note répond à cette question en étudiant la division sexuée du travail parlementaire durant la période 2002-2017 à partir d’une méthode originale consistant à analyser le contenu lexical des amendements déposés et votés. Nous montrons que le thème où les différences sexuées d’activité parlementaire sont les plus marquées est précisément celui de l’égalité femmes-hommes. En moyenne, au cours d’un mandat, la probabilité qu’une femme députée initie au moins un amendement sur les thématiques liées à l’égalité femmes-hommes est supérieure de 75% à celle d’un homme. Les femmes députées ont également 25% plus de chances d’initier des amendements sur les thématiques liées à l’enfance et environ 10% plus de chances sur les thématiques liées à l’immigration et à la santé. A l’inverse, les hommes députés ont par exemple 25% plus de chances d’initier des amendements sur les thématiques liées à la défense. Une analyse statistique plus poussée montre que ces écarts ne peuvent pas s’expliquer par le fait que les femmes et les hommes parlementaires sont issus de circonscriptions non comparables et représenteraient des électeurs différents au sein de partis différents. Cela implique que la division de l’activité parlementaire résulte probablement d’objectifs intrinsèquement différents entre les femmes et les hommes députés et, qu’ainsi, l’entrée des femmes en politique a entraîné un changement des sujets traités au Parlement. Par exemple, de 2002 à 2017, la proportion parmi l’ensemble des amendements de ceux portant sur l’égalité femmes-hommes s’est accrue de près de 70% à l’Assemblée Nationale.

Points clés:

  • Il existe une division sexuée du travail parlementaire à l’Assemblée Nationale.
  • La probabilité qu’une femme députée initie au moins un amendement sur les thématiques liées à l’égalité femmes-hommes est supérieure de 75% à celle des hommes (40% de chances pour les femmes contre 23% pour les hommes). Les femmes députées ont également 25% plus de chances d’initier au moins un amendement sur les thématiques liées à l’enfance et environ 10% plus de
    chances sur celles liées à l’immigration et à la santé.
  • La probabilité qu’un homme député initie au moins un amendement sur les thématiques liées à la défense est supérieure de 25% à celles des femmes.
  • Cette division semble refléter des différences d’objectifs entre les femmes et les hommes parlementaires. Elle n’est pas due au fait que les femmes et les hommes sont élus dans des circonscriptions différentes ou dans des partis différents. Elle n’est pas non plus entièrement due à des stratégies de partis politiques.
  • L’augmentation du nombre de femmes au Parlement s’est accompagnée d’une plus forte prévalence des thématiques liées à l’égalité femmes-hommes. A l’Assemblée Nationale, la prévalence de ces sujets parmi les amendements initiés a augmenté de près de 70% entre 2002 et 2017.

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