Aller au contenu

Présentation

Le passage du lycée à l’enseignement supérieur confronte les élèves à un choix décisif pour leur avenir : celui de leur orientation. Or ces choix demeurent socialement différenciés et leurs déterminants restent mal connus. Pour éclairer ce phénomène, cette note étudie une question encore peu explorée : dans quelle mesure les choix des lycéens sont-ils influencés par les trajectoires des anciens élèves de leur lycée ?

En comparant les candidatures selon qu’un(e) ancien(ne) a été admis(e) ou refusé(e) de justesse dans une formation, on identifie l’effet causal de ces admissions sur les choix des générations suivantes.

Principaux résultats

  • L’admission d’un(e) élève à une formation d’enseignement supérieur accroît nettement la probabilité qu’un(e) lycéen(ne) du même établissement y postule l’année suivante : celle-ci passe ainsi de 35 % à 40 % (soit une augmentation de 16 %). La probabilité d’y être admis(e) augmente également, passant de 7 % à 9 % (soit une hausse de 33 %). Ces effets restent observables deux ans plus tard.
  • Cette influence semble transiter principalement par les professeurs principaux, qui peuvent relayer chaque année des informations sur les admissions passées. Elle ne s’observe en effet que lorsque les élèves de deux cohortes successives partagent le (la) même professeur(e) principal(e).
  • Les élèves sont d’autant plus susceptibles d’être influencés par leurs camarades de l’année passée lorsqu’ils partagent le même genre ou la même origine sociale.
  • Des simulations neutralisant les différences d’exposition aux filières sélectives liées aux anciens élèves suggèrent qu’une plus grande mixité sociale dans les lycées réduirait d’environ 10 % les écarts d’aspiration entre élèves favorisés et défavorisés, à niveau scolaire équivalent.

Étude de référence

Bechich, Nagui et Kenedi, Gustave, « Older Schoolmate Spillovers on Higher Education Choices », document de travail, 2025

Méthode et données

Observer qu’un(e) lycéen(ne) a davantage de chances de s’orienter vers une formation lorsqu’un(e) ancien(ne) élève du lycée y a été admis(e) l’année précédente ne suffit pas
à établir un lien d’influence entre cohortes successives. Il est en effet attendu que les élèves d’un même lycée postulent fréquemment aux mêmes formations, ne serait-ce qu’en raison de leur proximité géographique. De plus, la situation contrefactuelle – les vœux qu’auraient formulés les élèves si les anciens avaient obtenu d’autres affectations – n’est jamais observée.

Pour mesurer l’impact causal des admissions des anciens élèves sur les choix d’orientation des cohortes suivantes, l’approche proposée ici consiste à comparer, pour une année donnée, des lycées où un(e) élève a été admis dans une formation donnée (lycées dits « bénéficiaires »), à des lycées très similaires où aucun n’a été admis dans la formation considérée alors qu’il y avait des candidats (lycées dits « témoins »). Pour définir ces deux groupes de lycées, les auteurs s’appuient sur la méthode dite de « régression sur discontinuité ». Pour chaque formation, on détermine, dans chaque lycée, le rang du (de la) candidat(e) le (la) mieux classé(e), et on ordonne les lycées selon ce rang. Le lycée pour lequel ce(tte) candidat(e) est le (la) dernier(e) admis(e) dans la formation se voit attribuer un rang de zéro. Les lycées dont le (la) meilleur(e) élève est admis(e) se voient attribuer un rang positif selon l’ordre défini (+1, +2, etc.),
et ceux dont le (la) meilleur(e) élève n’est pas admis(e) un rang négatif (−1, −2, etc.), comme illustré dans la figure 1.

Cette approche est similaire à celle mise en œuvre par Estrada et al. (2025), qui analysent l’impact des anciens élèves sur les candidatures des élèves plus jeunes aux lycées d’élite du Pérou.

L’analyse se concentre ensuite sur les lycées dont le (la) meilleur(e) candidat(e) se situe au voisinage immédiat du seuil d’admission (20 rangs autour de ce seuil). Comme ces seuils ne peuvent être anticipés ni par les candidats, ni par les formations, le fait qu’un lycée ait son (sa) meilleur(e) élève juste au-dessus ou juste en-dessous du seuil revêt un caractère quasi aléatoire. Les lycées situés autour de ce seuil présentent donc, par construction, des caractéristiques quasi identiques – une hypothèse validée par les données.

Les lycées situés juste à gauche du seuil, dont le (la) meilleur(e) élève a été refusé(e) de justesse, constituent le groupe témoin, tandis que ceux situés juste à droite, dont le (la) meilleur(e) élève a été admis(e) de justesse, forment le groupe bénéficiaire. Comme certaines propositions d’admission peuvent être refusées par les candidats, seul un sous-ensemble de lycées voit un(e) ancien(ne) élève finalement admis(e) dans la formation concernée : c’est le cas d’environ 22 % des lycées bénéficiaires.

 

Partenaires

Chaire PEMSDirection de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP)SIES

Cette étude a été réalisée dans le cadre d’une convention de recherche avec la Direction de l’Évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (MEN-DEPP) et la Sous-direction des systèmes d’information et études statistiques du ministère chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR-SIES).

Les auteurs remercient les équipes de la DEPP et du SIES pour la mise à disposition des données utilisées dans cette recherche.

Cette note a bénéficié du soutien de la Chaire Politiques éducatives et mobilité sociale. Créée en 2021 dans le cadre d’un partenariat entre la Fondation Ardian, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale (MEN-DEPP) et PSE-École d’économie de Paris, cette chaire vise à promouvoir la recherche de haut niveau et la diffusion des connaissances sur les politiques éducatives et la mobilité sociale.

Dernière modification : juin 5, 2026