Observer qu’un(e) lycéen(ne) a davantage de chances de s’orienter vers une formation lorsqu’un(e) ancien(ne) élève du lycée y a été admis(e) l’année précédente ne suffit pas
à établir un lien d’influence entre cohortes successives. Il est en effet attendu que les élèves d’un même lycée postulent fréquemment aux mêmes formations, ne serait-ce qu’en raison de leur proximité géographique. De plus, la situation contrefactuelle – les vœux qu’auraient formulés les élèves si les anciens avaient obtenu d’autres affectations – n’est jamais observée.
Pour mesurer l’impact causal des admissions des anciens élèves sur les choix d’orientation des cohortes suivantes, l’approche proposée ici consiste à comparer, pour une année donnée, des lycées où un(e) élève a été admis dans une formation donnée (lycées dits « bénéficiaires »), à des lycées très similaires où aucun n’a été admis dans la formation considérée alors qu’il y avait des candidats (lycées dits « témoins »). Pour définir ces deux groupes de lycées, les auteurs s’appuient sur la méthode dite de « régression sur discontinuité ». Pour chaque formation, on détermine, dans chaque lycée, le rang du (de la) candidat(e) le (la) mieux classé(e), et on ordonne les lycées selon ce rang. Le lycée pour lequel ce(tte) candidat(e) est le (la) dernier(e) admis(e) dans la formation se voit attribuer un rang de zéro. Les lycées dont le (la) meilleur(e) élève est admis(e) se voient attribuer un rang positif selon l’ordre défini (+1, +2, etc.),
et ceux dont le (la) meilleur(e) élève n’est pas admis(e) un rang négatif (−1, −2, etc.), comme illustré dans la figure 1.
Cette approche est similaire à celle mise en œuvre par Estrada et al. (2025), qui analysent l’impact des anciens élèves sur les candidatures des élèves plus jeunes aux lycées d’élite du Pérou.
L’analyse se concentre ensuite sur les lycées dont le (la) meilleur(e) candidat(e) se situe au voisinage immédiat du seuil d’admission (20 rangs autour de ce seuil). Comme ces seuils ne peuvent être anticipés ni par les candidats, ni par les formations, le fait qu’un lycée ait son (sa) meilleur(e) élève juste au-dessus ou juste en-dessous du seuil revêt un caractère quasi aléatoire. Les lycées situés autour de ce seuil présentent donc, par construction, des caractéristiques quasi identiques – une hypothèse validée par les données.
Les lycées situés juste à gauche du seuil, dont le (la) meilleur(e) élève a été refusé(e) de justesse, constituent le groupe témoin, tandis que ceux situés juste à droite, dont le (la) meilleur(e) élève a été admis(e) de justesse, forment le groupe bénéficiaire. Comme certaines propositions d’admission peuvent être refusées par les candidats, seul un sous-ensemble de lycées voit un(e) ancien(ne) élève finalement admis(e) dans la formation concernée : c’est le cas d’environ 22 % des lycées bénéficiaires.