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Le bonus-malus écologique en résumé






Institut des politiques publiques · Évaluation

La prime à l’électrique récompense surtout des achats déjà décidés

Le bonus-malus écologique : quelle efficacité, quelle équité ? Ce que révèlent les données fines de l’achat automobile français.

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Les émissions de gaz à effet de serre des transports sont aujourd’hui le premier poste d’émissions du pays — un gros tiers du total. Et c’est le secteur qui décarbone le plus lentement, le plus en retard sur les objectifs nationaux.

Pour réorienter les achats de véhicules, la France actionne un levier : le bonus-malus. Une prime à l’achat d’un véhicule électrique, une taxe sur l’achat d’un thermique, proportionnelle à ses émissions. Sur le papier, les deux poussent dans le même sens. En pratique ? Rien n’est moins sûr.

Le retard

De tous les secteurs, les transports sont le seul à n’avoir quasiment pas baissé depuis 1990.

Le retard

Pendant que l’énergie, l’industrie et le bâtiment refluent, la courbe des transports reste collée à son niveau de 1990. C’est le retardataire de la décarbonation.

Émissions de GES par secteur

Base 100 = niveau de 1990

  • Transports
  • Traitement des déchets
  • Bâtiments / tertiaire
  • Agriculture
  • Industrie de l’énergie
  • Industrie manufacturière

Source : CITEPA · IPP, 2026

Comment juger un tel dispositif ? En faisant le bilan de ses trois effets : le CO₂ qu’il évite, ce qu’il coûte aux finances publiques, et la contrainte qu’il impose aux choix des ménages.

BONUS Prime à l’achat d’un véhicule électrique prix VE ↓ MALUS Taxe à l’achat d’un véhicule thermique prix thermique ↑ + DEUX FORCES, UN MÊME SENS

La clé, c’est l’ampleur de la réaction des ménages. Un euro de bonus n’est utile que s’il déclenche un achat qui n’aurait pas eu lieu sans lui. Sinon, il ne fait que transférer de l’argent à des acheteurs qui auraient agi de la même façon. C’est ce qu’on appelle l’effet d’aubaine.

L’effet d’aubaine

On a reconstruit, pour chaque acheteur ayant touché le bonus, ce qu’il aurait acheté sans subvention.

L’effet d’aubaine
4 sur 5

bénéficiaires auraient acheté électrique de toute façon. La prime paie pour une décision déjà prise.

L’effet d’aubaine
≈ 99 %

chez les ménages les plus aisés : l’aubaine grimpe avec le revenu. La prime ne change presque rien à leur choix.

Parmi les bénéficiaires du bonus, ce qu’ils auraient acheté sans prime

Par catégorie de revenu · données 2022

◀ ménages les plus modestesménages les plus aisés ▶
  • Électrique
  • Hybride
  • Diesel
  • Essence
  • Pas d’achat

Source : Fideli-RSVERO 2022-2021 · IPP, 2026

Qui achète

Qui achète ces voitures neuves ? Très majoritairement, les ménages aisés.

Qui achète
× 4

Les 20 % les plus aisés achètent environ quatre fois plus de véhicules neufs que les 25 % les plus modestes.

Immatriculations neuves pour 1 000 ménages

Par niveau de vie (centième de population)

◀ les plus modestesles plus aisés ▶

Source : Fideli-RSVERO 2022-2021 · IPP, 2026

La polarisation

Et plus on monte dans l’échelle des revenus, plus les achats se polarisent — par les deux bouts.

La polarisation
13 % → 20 %

La part de l’électrique progresse des plus modestes vers les plus aisés.

La polarisation
25 % → 45 %

Mais la part des véhicules frappés d’un malus bondit bien plus fort — tirée par les malus les plus élevés, soit les plus gros véhicules.

Véhicules neufs soumis au bonus / malus

Part par niveau de vie · données 2022

◀ les plus modestesles plus aisés ▶
  • Bonus électrique
  • Bonus hybride
  • Pas de bonus/malus
  • Malus faible
  • Malus élevé

Source : Fideli-RSVERO 2022-2021 · IPP, 2026

Cibler le bonus sur les ménages qui y réagissent le rendrait plus efficace — et plus redistributif. Mais on laisserait alors largement intouché le problème qu’il était censé résoudre : la décarbonation.

Car ce sont justement les ménages aisés, les plus gros acheteurs, qui sont les plus insensibles à la prime.

Ce bilan a ses limites. Il prend l’offre et la demande de 2022-2023 comme données, alors que la réaction des achats dépend des options de report — bornes de recharge, transports publics, baisses de coûts à venir. Et il faudrait le comparer à l’évaluation d’autres politiques pour hiérarchiser celles qui décarbonent au moindre coût social.

Quant au dispositif lui-même : recentré sur les ménages modestes en 2023-2024, le bonus a « disparu » des dépenses publiques en juillet 2025, remplacé par un mécanisme de certificats d’économie d’énergie (CEE). Le leasing social, lui, n’a vécu que six semaines en 2024 avant d’être réintroduit en format CEE. Les données manquent encore pour en juger — mais dès qu’elles seront là, l’IPP s’y intéressera.

Pour aller plus loin

L’étude complète

Méthode, modèle riche de la demande automobile française et résultats détaillés — présentés avec trois autres études de l’IPP.

Lire l’étude

Étude IPP — Maddalena Conte, Paul Dutronc-Postel, Maxime Tô, Théo Sukhdeo.
Sources des données : CITEPA (émissions) ; Fideli-RSVERO (achats de véhicules).
Mise en récit d’après le billet publié le 17 juin 2026. Graphiques reconstruits à partir des figures de l’IPP.



Dernière modification : juin 19, 2026