Présentation
Le capital-investissement est une classe d’actifs financiers souvent considérée comme trop peu développée sur le continent européen par rapport aux Etats-Unis, alors même qu’on estime que ce type d’activité financière concourt largement au dynamisme de l’économie américaine (Draghi, 2024).
Cette classe d’actifs se caractérise par le financement d’étapes de la vie des entreprises bien particulières – la création, la transmission et le retournement, étapes au moment desquelles les outils les plus communément utilisés de financement des entreprises- prêts bancaires, autofinancement, ne sont pas à la hauteur des besoins.
C’est pour combler l’insuffisance des financements de ce type en France que Bpifrance a été créée, mais beaucoup regrettent encore le manque d’implication directe des épargnants français dans ce type d’investissement (Chabrier, 2022). C’est pour répondre à ces réticences que Bpifrance a décidé de structurer des fonds de placement en capital investissement, appelés Bpifrance Entreprises, qui sont distribués
directement aux ménages.
L’objectif de cette étude est de mieux comprendre qui parmi les ménages français investit actuellement dans le capital-investissement et savoir si le profil des clients des fonds Bpifrance Entreprises témoigne d’une judicieuse démocratisation du capital-investissement. Cette démocratisation peut s’apprécier en évaluant la participation à des classes d’actifs similaires, notamment en matière de risque, aux fonds Bpifrance des profils d’individus qui investissent dans ces fonds.
Résultats clés
La dynamique des investissements individuels dans les fonds Bpifrance
- Pour chacun des fonds mis en accès en direct sur la plateforme Bpifrance depuis 2020, entre 1500 et 2000 souscripteurs distincts ont investi. Seuls 16% des souscripteurs ont interagi avec au moins deux fonds Bpifrance, et ce sont donc plus de 5000 épargnants distincts qui ont investi dans un fonds Bpifrance sur la plateforme, à quoi il faut rajouter environ 4000 épargnants qui ont interagi de manière soutenue avec la plateforme sans finalement investir.
- Les montants moyens investis dans les fonds se situent entre 7500 et 15000 euros, et ont baissé de fonds en fonds à mesure que les tickets d’entrée minimum imposés par Bpifrance ont eux-mêmes diminué.
- La baisse des tickets moyens investis correspond aussi à des profils d’investisseurs moins aisés en revenu et en patrimoine. La proportion de souscripteurs dont le revenu annuel net est inférieur à 100000 euros progresse ainsi d’environ 65% à près de 80%. Il y a donc bien une démocratisation dans le temps des fonds.
La représentativité des investisseurs Bpifrance dans la population des épargnants français
- La population des souscripteurs est nettement plus aisée financièrement, mais aussi plus jeune, que la moyenne nationale, et constituée à près de 90% de cadres supérieurs.
- Le niveau de revenus des souscripteurs est en revanche très proche de celui de la population française détentrice d’actions. Elle reste toutefois à la fois plus riche en patrimoine, plus jeune et plus constituée de cadres supérieurs que ceux qui détiennent des actions.
- Les souscripteurs de la plateforme Bpifrance sont, y compris à revenu égal, tout autant susceptibles de détenir par ailleurs de l’assurance-vie que le reste de la population française.
- En revanche, à revenu ou âge égaux, le taux de détention de non-coté est beaucoup plus élevé parmi ceux qui interagissent avec la plateforme Bpifrance, ce qui pourrait indiquer que la population qui s’intéresse aux fonds Bpifrance est une catégorie de la population particulièrement bien informée ou attirée par ce type de placement.
- En termes de revenu et d’âge, les souscripteurs Bpifrance sont bien plus jeunes et un peu plus riches que les nombreux français qui détiennent assez d’actions pour percevoir des dividendes.
- Les souscripteurs sont aussi nettement plus jeunes mais moins riches en revenu que les français qui investissent dans des fonds investis dans le non-coté et avantagés fiscalement tels que FCPI, FCPR, FIP ou via l’apport-cession.
- La population d’épargnants dont les souscripteurs Bpifrance se rapprochent finalement le plus, à la fois en termes d’âge et de revenu, est celle des français qui investissent dans des placements risqués, innovants et en détention directe tels que les actifs numériques de type cryptomonnaies et les prêts en
crowdlending. Cette population compte de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de foyers fiscaux en 2023.
Les déterminants individuels de la décision d’investir dans un fonds de private equity
- Plusieurs méthodes statistiques sont utilisées (régression, LASSO, forêt aléatoire) pour prédire la décision de souscrire au fonds Bpifrance conditionnellement à s’être enregistré sur la plateforme et donc à être informé de son existence.
- Ce qui en ressort est d’abord que c’est le fait de disposer d’un patrimoine financier plus important qui prédit le plus la décision de souscrire une fois que l’on est entré dans la plateforme.
- Par ailleurs, l’investissement dans les fonds Bpifrance est moins probable lorsque l’investisseur, pourtant suffisamment informé pour interagir avec la plateforme, dit être à la recherche de liquidité ou avoir un horizon d’investissement inférieur à 5 ans.
- Toutefois, sur une population représentative à laquelle des questions précises sur le non coté sont posées, c’est plutôt la connaissance des caractéristiques du private equity et de comment on y accède qui détermine la volonté d’investir dans le non coté, plutôt que les variables sociodémographiques de type revenu ou âge.
- Le succès de Bpifrance doit donc aussi s’évaluer à l’avenir dans sa capacité à informer les épargnants sur les caractéristiques du non coté (notamment sur les capacités de rendements) et les façons d’y accéder.
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Auteurs
- Laurent Bach, professeur associé de finance à l’ESSEC Business School, co-directeur du pôle entreprises de l’IPP
- Étienne Fize, économiste senior à l’IPP
- Rachel Paya, doctorante en finance à l’ESSEC, économiste à l’IPP

