Note IPP n°60 - Octobre 2020

Elections présidentielles américaines : comment sortir du dilemme du prisonnier ?

Note IPP n°60

Octobre 2020

Auteurs : Héloïse Cloléry, Yukio Koriyama

Contacts : yukio.koriyama@polytechnique.edu

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logo-pdf-minElections présidentielles américaines : comment sortir du dilemme du prisonnier ?

 

Résumé :

Le mode de scrutin présidentiel des Etats-Unis d’Amérique, basé sur un collège de grands électeurs, est souvent sujet à controverse. En particulier, l’utilisation du scrutin selon la règle “winner-take-all” est souvent critiquée, car elle a pour conséquence potentielle d’amener au pouvoir un président qui n’a pas obtenu la majorité des suffrages populaires, ce qui s’est effectivement réalisé en 2016 et en 2000. Cette note montre que la plupart des propositions de réforme ont échoué à cause de la nature du problème : les Etats composant les Etats-Unis sont dans une situation de dilemme du prisonnier. Chaque Etat a intérêt, d’un point de vue rationnel, à choisir la règle “winner-take-all” dans le but de refléter au mieux l’opinion de ses citoyens au niveau fédéral. Mais la conséquence d’un tel mode de scrutin, lorsqu’il est adopté par tous les Etats, empêche une agrégation optimale des préférences des citoyens au niveau national, ce qui n’est pas désirable pour la société dans son ensemble. Un scrutin proportionnel pondéré, s’il était utilisé par tous les Etats, permettrait que la décision finale soit plus représentative des préférences de tous les citoyens. Cependant, comme chaque Etat a un intérêt à unilatéralement choisir la règle “winner-take-all”, quel que soit le mode de scrutin choisi par les autres Etats, il est impossible que tous les Etats adoptent une telle règle sans un dispositif de coordination. Nous analysons ici des propositions intéressantes pour échapper à ce dilemme, tel que l’accord inter-Etats du vote national populaire, et comment notre modèle s’applique à la démocratie représentative.

Points clés :

  • La quasi-totalité des Etats utilisent la règle “winner-take-all” pour l’élection du président américain depuis les années 1830. Mais ce choix est critiqué pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est l’élection d’un président qui n’obtient pas toujours la majorité des voix au niveau fédéral (George W. Bush contre Al Gore en 2000; ou Donald Trump contre Hilary Clinton en 2016).
  • Le problème peut en partie être décrit en mobilisant la théorie des jeux. Le système de collège électoral est enfermé dans un dilemme du prisonnier : tous les Etats auraient intérêt à coopérer, mais aucun ne le fait car aucun n’est assuré que les autres Etats vont choisir de coopérer.
  • Un dispositif de coordination est nécessaire pour échapper à ce dilemme. Certaines tentatives intéressantes sont actuellement à l’œuvre, par exemple l’accord inter-Etats du vote national populaire.
  • On peut retrouver un dilemme similaire dans une démocratie représentative. La discipline de vote dans les parlements peut induire des distorsions dans l’agrégation des préférences, ce qui peut être préjudiciable pour la société.