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(Débat sur les retraites – 1/2) J-O Hairault : « Augmenter l’âge de la retraite : bien au-delà d’une simple réforme du système de retraite »

DEBAT – RETRAITES : quelles pistes de réformes, pour quels objectifs ?

Jean-Olivier Hairault, Chaire associée à PSE, Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Augmenter l’âge de la retraite : bien au-delà d’une simple réforme du système de retraite.

La commission Moreau a rendu ses propositions en matière de réforme de la retraite. Un peu plus de taux de cotisations, un peu moins de pensions, beaucoup plus de travail.

Les deux premières mesures sont malheureusement rendues nécessaires par la crise actuelle et surtout l’impossibilité de gérer la baisse transitoire des cotisations par la dette publique face à la défiance des épargnants du reste du monde, parmi lesquels beaucoup de futurs retraités. Mais elles devront être fortement limitées en ampleur et dans le temps : la hausse des cotisations est une menace pour la compétitivité, la baisse des pensions l’est pour la pérennité du système par répartition. Notons que la dégradation du niveau de vie des retraités est déjà programmée (désindexation par rapport aux salaires) et qu’elle va s’intensifier par le fait même d’une plus grande longévité, toute année de vie supplémentaire découplant encore plus pensions constantes et salaires croissants.

La recommandation de 44 années de cotisations est la réponse que je considère comme appropriée à l’allongement de la vie (1). Elle est à la fois efficace et équitable. Mais cet allongement de la vie active aurait un intérêt bien au-delà de la réforme des retraites. Il marquerait le retour sur le marché du travail des seniors que la France, de la retraite à 60 ans aux différentes pré-retraites, s’est évertuée à faire sortir prématurément, souvent au nom de l’emploi des plus jeunes, toujours pour éviter le chômage aux âges médians. La faiblesse du taux d’emploi des seniors entre 55 et 65 ans est d’abord le résultat de ses politiques publiques malthusiennes qui ont réduit considérablement les heures travaillées en France depuis le milieu des années 1970. Alors que le financement de notre modèle social repose sur le travail, les heures travaillées se sont globalement réduites de 30% lorsque l’on tient compte de la baisse du temps de travail, ce qui ne pouvait manquer de se traduire par une forte hausse des taux de prélèvements obligatoires. Moins de travail, plus d’impôts, moins de marges pour les entreprises, et globalement moins d’investissements et d’innovations. L’allongement de la durée de cotisation à 44 années serait d’abord la marque que la France tourne le dos à cette spirale négative. 

C’est pourquoi il faut s’inquiéter de l’absence de recommandations en matière de réforme du système d’allocation-chômage des seniors qui agit de facto comme une pré-retraite. Les sorties massives par les ruptures conventionnelles à 58 ans ne doivent rien au hasard : 3 ans d’indemnisation mènent ainsi jusqu’à 61 ans pour ensuite profiter d’une prolongation automatique de l’allocation-chômage jusqu’à l’âge du taux plein. Les réformes dans les pays du Nord de l’Europe ont pourtant bien montré qu’il fallait considérablement augmenter les incitations des seniors à rester en emploi, comme celles des entreprises à les garder, les deux étant d’ailleurs intimement liées. Dans un opuscule récent du Cepremap (2), j’insistais sur l’importance de ces réformes du marché du travail des seniors pour éviter de voir exploser les effectifs du chômage des plus de 55 ans, qui est la marque d’une cessation anticipée de l’activité bien avant l’âge de liquidation. Ces réformes demandent encore plus de courage politique que la réforme des retraites. Elles heurteront de plein fouet les pratiques d’ajustement des effectifs par les seniors validées par les partenaires sociaux sur le terrain des licenciements. La commission Moreau n’a même pas eu le courage… de le dire !

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1. Vivre et travailler plus longtemps, Editions Descartes
2. Pour l’emploi des seniors, Editions Presses de l’ENS

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Tribune issue de la Lettre PSE n°14