Grâce à des données riches et inédites, cette note documente l’évolution du recrutement des grandes écoles depuis le milieu des années 2000, selon plusieurs dimensions : composition sociale, origine géographique des étudiants et répartition filles/garçons. Malgré les dispositifs d’ « ouverture » qui ont été mis en place par certaines grandes écoles pour tenter de diversifier le profil de leurs étudiants, leur base de recrutement est restée très étroite et n’a guère évolué au cours des quinze dernières années. Alors que leurs effectifs ont fortement augmenté au cours de la période, ces institutions d’élite sont restées presque entièrement fermées aux élèves issus de milieux sociaux défavorisés, la part des étudiants non franciliens n’a pas progressé et les filles y demeurent sous-représentées. Cette permanence des inégalités d’accès aux grandes écoles ne s’explique qu’en partie par les écarts de performance scolaire entre les groupes considérés. Elle trouve sa source, en amont, dans l’absence de diversication du recrutement des classes préparatoires et des écoles post-bac. L’impuissance des dispositifs d’ouverture sociale mis en oeuvre depuis le milieu des années 2000 à amorcer une démocratisation des grandes écoles met en lumière les limites de l’approche qui a jusqu’à présent été privilégiée : un foisonnement d’initiatives locales, sans réelle coordination nationale et rarement évaluées. Ce constat d’échec invite à repenser les leviers qui pourraient être mobilisés pour diversifier le recrutement des filières sélectives et favoriser une plus grande circulation des élites.
Un concours d’éloquence pour des lycéens des territoires ruraux
Sud Ouest
16/03/2026


