L’impact de nombreuses politiques publiques dépend de la façon dont elles affectent les populations dans toute leur diversité (niveau socio-économique, localisation, composition démographique, type de logement, etc.). L’approche par micro-simulation permet de construire statistiquement une population dans toute sa diversité à l’aide d’un échantillon représentatif et d’informations sur chaque individu ou ménage au sein de cette population. Les politiques publiques sont ensuite simulées à l’aide de modèles représentant leur état actuel ou des modifications potentielles afin de tester l’impact de celles-ci sur l’ensemble de la population.
L’approche par micro-simulation pour l’analyse des politiques publiques conduit au développement de trois branches de travaux de recherche :
- L’analyse statistique, afin de construire une représentation complète et détaillée de la population analysée. Cela peut inclure des appariements de données, des techniques de data fusion, ou encore l’incorporation d’informations issues d’enquêtes auprès des ménages dans des données collectées de façon administrative.
- La modélisation des politiques publiques, qui correspond ici à un développement d’algorithmes permettant de simuler les différents d’interventions publiques. Il s’agit le plus souvent du système socio-fiscal, mais les dépenses publiques, les régulations et les normes peuvent également faire l’objet de telles simulations.
- La modélisation des réponses comportementales aux modifications des politiques. Il s’agit de modéliser l’ampleur des réactions aux incitations ou obligations mises en place par les politiques publiques. L’état de l’art consiste à mesurer sur des expériences passées la sensibilité des réactions (c’est-à-dire les élasticités) aux variations de politiques, pour ensuite inclure un module comportemental dans le modèle de micro-simulation.
L’approche par l’outil de micro-simulation a été développée initialement dans le monde de la recherche dans les années 1970, puis les outils ont été largement repris par les administrations publiques en raison des besoins de celle-ci d’estimer le coût de réformes socio-fiscales, et du coût de maintenance de tels outils. Néanmoins, les travaux de recherche continuent d’avoir besoin de ces modèles afin de comprendre comment les politiques publiques complexes touchent les populations de façon hétérogène. Les modèles macroéconomiques ne peuvent restituer l’immense hétérogénéité des situations, et les approches empiriques statistiques peinent à mesurer la complexité des interventions de politiques publiques.
Aujourd’hui, il existe de multiples modèles dans le monde, permettant de faire des comparaisons internationales, par exemple pour n’en citer que quelques-uns, TAXSIM au NBER pour les Etats-Unis, TAXBEN à l’Institute for Fiscal Studies pour le Royaume-Uni, ou encore EUROMOD à la Commission européenne. Le principe s’élargit à d’autres domaines que les systèmes socio-fiscaux, pour inclure de multiples dimensions (santé, géographique, environnement, logement, etc.).

